Chapitre trois (Suite F)
Promu comme adjoint de Monsieur Chevreau, Directeur de Production en 1984, j’étais déjà familier avec toutes les Centrales Hydrauliques de l’ile, sauf Champagne la plus récente et la plus puissante (30MW) mise en service en 1981, qui fera l’objet d’une section dédiée. En sus de la responsabilité de toutes les Centrales de L’ile, c’était mon rôle aussi de m’occuper de la planification d’Energie Electrique, et des Contrats avec les producteurs indépendants. Je devais aussi être la personne de contact du CEB avec le Ministère de Tutelle, ayant comme principal interlocuteur Monsieur Ranjaye Kisnah, Directeur de Service, et premier conseiller du Ministre de l’Energie Monsieur Mahen Uchanah. Deux jeunes ingénieurs débutants Messieurs Bikoo et Soonarane avaient été recrutés pour épauler Mr Kisnah dans ses responsabilités.
Ces personnes devaient par la suite être très influents dans la suitée de ma carrière. Installé à Curepipe je devais être impliqué dans tous les projets de développement du CEB à Maurice comme à Rodrigues pour la production d’Energie de 1984 à 2002.C’est en effet en cette dernière année que fut créé un nouveau Département de Planification Générale (Corporate Planning) pour toute l’organisation. Pour diriger ce nouveau Département, on fit appel à Madame Donna Leclerc, une ressortissante Canadienne. Je commencerai maintenant à élaborer sur chaque projet sous ma responsabilité directe de 1984 à 2002.
Fort – George (1992-2000)
L’histoire de ce projet commence avec la visite de Monsieur Ken Newcombe, délégué de La Banque Mondiale, en visite au Ministère de l’Energie en 1988.Mr Kisnah m’avait demandé de recevoir ce monsieur et de l’accompagner pour la visite de nos principales Centrales Thermiques et Hydrauliques pendant deux jours consécutifs, avec voiture confortable et chauffeur du Ministère. Monsieur Newcombe était un expert de Développement thermique de Centrales, et avait occupé le poste de Directeur de la régie d’électricité en Papouasie-Nouvelle Guinée, avant de faire des missions pour la Banque Mondiale.
A cette époque, dans le sillage du Projet de St-Louis, l’extension de Fort-Victoria dans la précipitation avec deux moteurs M.A.N, sur laquelle je reviendrai, était en plein essor. J’étais convaincu que les moyens de production thermique devaient exclusivement se faire autour des moteurs diesels à quatre temps pour le CEB. Monsieur Newcombe n’était pas de cet avis, et nous eûmes des discussions approfondies sur le sujet pendant nos trajets des visites, chacun mettant en avant les arguments pour justifier son avis. Mr Newcombe m’expliqua les avantages Techniques économiques de moteurs lents à deux temps en Centrale, tenant en compte le meilleur rendement thermique et la meilleure longévité de ce type de moteur, malgré un investissement plus conséquent, et un projet plus compliqué pour sa mise en œuvre. Il me cita le Choix de l’EDF pour ce type de moteurs a Vazio en Corse, après leur expérience avec les moteurs Pielstick PC3, a la centrale de Lucciana.
La croissance de la demande d’électricité sur le réseau était alors à deux chiffres pendant plusieurs années consécutives avec l’essor touristique et commercial, et il devenait urgent d’envisager la construction d’une nouvelle Centrale Thermique d’une puissance pouvant atteindre 200MW sur un nouveau site. Pour des raisons de logistique d’approvisionnement du Combustible, la Centrale devait être situé le plus proche possible du Port, et avec un point d’injection au réseau, au poste de Nicolay en 66Kv. Je m’étais attelé à la tâche d’une étude de faisabilité sommaire technico-économique pour une proposition à ma hiérarchie et au Conseil d’Administration du CEB. Après une période d’hésitation compréhensible, le Directeur Mr LABAT, finit par accepter le projet et je fis une recommandation formelle au Conseil d’Administration en Octobre 1988, pour une nouvelle thermique dans l’enceinte de FortGeorge, seul site disponible dans les environs immédiat du Port. Ce site servait alors de magasin pour le ministère des travaux, avec accès par une bande étroite de terre connue sous l’appellation Chaussée Tromelin. Sur sa façade nord, se trouvait une zone de sable réclamée sur la mer plusieurs années auparavant, et un nouveau projet de réclamation était en gestation au niveau Autorités Portuaires, pour étendre cette zone vers l’ouest. Ma recommandation était pour les groupes lents pour une puissance cumulée de l’ordre de 200MW comme suggéré par Monsieur Newcombe.
Ma recommandation avait été acceptée par le Conseil, mais tenant compte du fait que le CEB n’avait pas de compétence pour réaliser un projet de cette envergure, IL nous fallait trouver un Consultant expérimenté pour mettre en œuvre ce projet, commençant par une étude de faisabilité en bonne et due forme.
Monsieur Labat, avait des relations amicales auprès de DAFECO, (Aujourd’hui EDF-PEI) une branche de l’EDF, qui s’occupait alors des Territoires et Départements Français d’outremer, notamment de la Réunion. C’est ainsi qu’une étude de Faisabilité avait été confiée au Groupe Régionale de Production Thermique de Marseille. Le Directeur de ce groupement était monsieur Delmas, et Monsieur Marcantelli était le responsable désigné pour cette étude. Une visite préalable du site avait eu lieu avec les protagonistes accompagné de Monsieur Prache de DAFECO.
Le site du Fort étant classé comme Monument Historique. Nous eûmes toutes les peines du monde pour convaincre les responsables concernés, pour la Construction d’une Centrale Thermique à L’intérieur, malgré notre engagement de laisser toutes les fortifications intactes. L’intérêt du site résidait principalement dans ses caractéristiques géotechniques, étant situé sur la terre ferme, permettant donc des fondations classiques pour le poids de milliers de tonnes. Un autre intérêt majeur était la surface disponible qui pouvait permettre la construction d’une Centrale de la puissance envisagée. Face a ce dilemme, et après moult réunions avec les protagonistes, Monsieur Delmas proposa finalement la construction de la centrale a l’extérieur du Fort sur la bande de sable à la façade nord, pour une puissance réduite dans un premier temps, en attendant le comblement a l’ouest par les Autorités Portuaires. Les fondations pour les massifs des moteurs devant aussi être l’objet d’une étude géotechnique pointue par les spécialistes afin de confirmer la faisabilité.
L’étude de faisabilité avait conduit à une recommandation pour la construction d’une Centrale comprenant six groupes de 30MW chacun, avec une double ligne de transmission à 66Kv pour rejoindre le poste de Nicolay. Dans la foulée, Un Contrat fut signé entre l’EDF et le CEB pour une assistance au Maitre d’ouvrage, impliquant la pleine responsabilité du CEB dans la réalisation du projet. Le cahier des charges technique et le document d’appel d’offres devait être édité par l’EDF. Le Consultant devait tout rédiger en langue anglaise, alors que toute la documentation qu’il disposait était en langue française. Il fallait donc traduire des milliers de pages et un traducteur avait été engagé pour ce travail. J’avais aussi été sollicité pour cet exercice, avec un déplacement de deux semaines à Marseille pour la validation du document final d’appel d’offres.
Le choix du prestataire fut porté sur New Sulzer Diesel basé à Mantes, pour deux moteurs 9RTA76 DE 24MW, fabriqués en Espagne par Astilleros Espagnoles s.a, et assemblés à Mantes pour les essais, avant d’être expédiés à Maurice en pièces détachées .Les équipements auxiliaires étaient principalement fabriqués en France par diverses entreprises a l’instar d’Alsthom Belfort, pour les Alternateurs, GEA pour les circuits de refroidissement, Winslow pour les modules de filtration Fuel, Moatti pour la filtration huile…Le Génie Civil fut confié à l’établissement Picot, associé à Building & Civil Engineering de Maurice. L’étude géotechnique, particulièrement pointue avait été confiée à Mecasol, Paris.
Les moteurs 9RTA76 équipaient déjà plusieurs navires comme mode de propulsion, et en Centrale terrestre, à Mindanao aux Philippines. L’ingénieur résident de L’EDF était Monsieur Souchon, assisté de Monsieur Deguen, spécialiste béton.
Le Génie civil comprenait essentiellement un bâtiment a trois niveaux, avec atelier mécanique, poste intérieur Compact (Poste PIC) pour l’évacuation d’Energie, salle de commande des auxiliaires, Magasin de pièces de rechanges occupant les deux premiers niveaux. Au troisième niveau se trouvait les bureaux administratifs, et la salle de Contrôle de la Centrale. Jouxtant ce premier bloc, la salle de machines avec les équipements auxiliaires pour deux premiers moteurs et une travée de Manutention commune pour les deux tranches.
La Génie civil comprenait aussi un parc de Combustible de 3x5000 M3, un réservoir relais de 1500M3, deux réservoirs intermédiaires de 100M3, des réservoirs de lubrifiants moteurs, un poste de lutte incendie, deux réservoirs d’eau, un bâtiment de traitement Fuel, et un réfectoire pour le personnel. Un premier pylône d’évacuation d’Energie pour une puissance de 180MW, relié par câbles souterrain au poste PIC, ainsi qu’un pipeline d’alimentation Fuel, et un poste de décantation, complétaient l’essentiel des ouvrages du site.